Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

« En clair, les pouvoirs publics agissent selon le fameux syndrome du réverbère : ils cherchent les clés là où c'est éclairé, au lieu de faire mesurer les infrasons qui sont la cause essentielle des troubles de santé des populations riveraines. »

Par Bruno Ladsous, ancien directeur général de la Ligue nationale contre le cancer

Par Bruno Ladsous, ancien directeur général de la Ligue nationale contre le cancer

Chers amis de Canopée,

En matière de santé, c’est un principe : ne jamais rien affirmer qui n’ait été vérifié. A fortiori dans ce pays si marqué par le poids des pressions et coteries, où de bonne foi l’on peut se faire piéger.

Le rapport de l’académie de médecine de 2006 observe que « la réglementation relative à l’impact sur la santé du bruit induit par ces engins ne tient compte ni de leur nature industrielle ni de la grande irrégularité des signaux sonores émis par ces machines... », et recommande que « dès maintenant, à titre conservatoire soit suspendue la construction des éoliennes d’une puissance supérieure à 2,5 MW situées à moins de 1 500 mètres des habitations... ». Il énonce cependant que les infrasons produits « n’ont aucun impact sur la santé de l’homme », que « cette crainte des infrasons produits par les éoliennes est sans fondement ».

L’académie avait pourtant accès aux études méthodologiques de Neil Kelley sur les infrasons « a methodology for assessment of wind turbine noise generation » ainsi qu’aux études de la NASA cf. le memorandum 83288 « guide to the evaluation of human exposure to noise from large wind turbines ».

De nombreuses études épidémiologiques ont été également réalisées, la plus complète figurant dans le rapport d’un groupe de travail constitué dans l’Ontario en 2015, sur la base des travaux de N. Kelley, M. Swinbanks et R. James, avec cette idée audacieuse de procéder à des mesures à l’intérieur des maisons (placing monitoring equipment inside homes rather than only outside). En voici la conclusion :

infrasound generated by wind turbines must be considered a potential direct cause of the adverse health reactions widely reported from wind turbine host communities. Now that so many indicators point to infrasound as a potential agent of adverse health effects, it is critical to re-examine the approach to this aspect of wind turbine operation, revise regulations, and immediately implement protective public health measures based on the precautionary principle.

Traduction :

les infrasons produits par les éoliennes doivent être considérés comme une cause potentielle directe des problèmes de santé rapportés par leurs riverains. Compte tenu de tous les indicateurs concordants à ce sujet, il devient nécessaire de réexaminer cette dimension de l’activité éolienne, d’actualiser la règlementation et de déployer immédiatement des mesures de prévention sur la base du principe de précaution.

Mais en France, l’on n’aime pas les études réalisées dans les grands pays démocratiques et pionniers de l’éolien que sont les USA, le Canada... Sans doute parce qu’elles mettent en évidence une réponse fort gênante pour notre lobby éolien et écologique politique, à savoir qu’il existe une corrélation entre les infrasons (vibrations mécaniques de basses fréquences situées en-deçà de la limite d’audition humaine, autrement dit entre 0 Hz et 16 Hz) générés par les éoliennes et les symptômes décrits par les riverains qui déplorent moins les sons entendus (chuintement des pales, bruits d’engrenage du multiplicateur) que les ondes ressenties et se plaignent de troubles du sommeil, anxiété au réveil, nausées, migraines, pression à la base du cou, pression dans les oreilles, acouphènes, vertiges, irritabilité, tachycardie.

Pour l’Organisation mondiale de la santé (Guidelines for community noise), en matière d’exposition chronique aux infrasons une forte proportion de basses fréquences augmente considérablement les effets néfastes sur la santé, une exposition prolongée peut entraîner des effets permanents graves tels que de l’hypertension voire des arrêts cardiaques, et quand les basses fréquences sont prépondérantes - cas des engins éoliens - les mesures officielles par les dB(A) - décibel pondéré A - sont un outil inapproprié. Et le Prof. A. Hedge (Un. de Cornell) de rappeler que les vibrations entre 0,5 et 80 Hz ont des effets significatifs sur le corps humain, celles comprises entre 2,5 et 5 Hz ayant une forte résonance dans les vertèbres avec une amplification supérieure à 240 % et pouvant créer un stress chronique et un dommage permanent aux organes.

Chacun sait qu’il existe des pics de pression acoustique à chaque passage de pale et des creux de pression entre deux passages, l’énergie diffusée étant alors infiniment supérieure à la moyenne de pression enregistrée. À chaque passage de pale, le cerveau enregistre l’évènement sonore et attend la suite, particulièrement la nuit.

Chacun sait que les habitations se comportent comme une caisse de résonance pour les basses fréquences, nettement plus élevées dedans que dehors.

Chacun sait que ces nuisances spécifiques sont aggravées sur les terrains non plats, en raison de phénomènes d’écho et de réverbération liés à la topographie. Mais ce sont là des phénomènes non maîtrisés par des promoteurs généralement plus compétents au plan des montages financiers qu’au plan technique et au plan médical.

Et cependant, l’arrêté du 26 août 2011 a supprimé l’obligation de contrôler les basses fréquences pour les éoliennes alors que ce contrôle demeure pour toutes les autres activités humaines cf. article R 1334-34 du code de santé publique.

En clair, les pouvoirs publics agissent selon le fameux syndrome du réverbère : ils cherchent les clés là où c’est éclairé, au lieu de faire mesurer les infrasons qui sont la cause essentielle des troubles de santé des populations riveraines. C’est un véritable scandale de santé publique (un de plus), dont il découlera probablement des actions en justice à l’encontre de ces responsables politiques qui savaient, et qui cependant n’ont rien fait.

Rappelons enfin quelles sont les distances minimales décidées au Canada (2 km), en Pologne (3 km) et dans certains länders allemands (2,5 km).

Bruno LADSOUS,
ancien directeur général de la Ligue nationale contre le cancer,
Saint-Martin-de-Lenne

Partager cet article

Repost 0